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Culture

«Lady Berbère» : une expo en hommage aux tisseuses des tapisseries "Zindekh" de la région d’Azilal (Reportage)

Même si, pour beaucoup, le mot est difficile à prononcer, les tapisseries "Zindekh" tiennent une place à part dans la culture de la région d’Azilal, au Moyen-Atlas.  Nous sommes allés voir une importante exposition de ces tapisseries "Zindekh" à Terre des Étoiles, dans le désert d’Agafay qui accueille, depuis le 4 juin courant, des œuvres représentatives réalisées par des femmes berbères tisseuses depuis les années 90.

L'équipe de 2M.ma s'est ainsi rendue dans le désert d’Agafay, situé à une trentaine de kilomètres au sud de Marrakech, une occasion de découvrir un art traditionnel dont le dynamisme ne se dément pas. Le désert d’Agafay s'est transformé en une galerie d’art en plein air et a accueilli une exposition "inédite" baptisée «Lady Berbère» qui met en avant les tapis "Zindekh" réalisés par des femmes de la région d'Azilal. De véritables oeuvres d'art qui témoignent d'une pérennisation des traditions, exposées aux côtés des peintures de l'artiste autodidacte Keya qui vit depuis plusieurs années à Marrakech.


Il s'agit d'une exposition éphémère (4 - 19 juin courant organisée à Terre des Etoiles, dans le désert d’Agafay) imaginée par Stéphanie Cassan et la collectionneuse Nathalie Heller Loufrani en collaboration avec l’Institut français de Marrakech, Le Saadi Marrakech, le Selman Marrakech, la Fondation Montresso et Terre des étoiles Agafay. Elle prend également place dans le Palace du Es Saadi Marrakech et dans les écuries inédites du Selman Marrakech.

L’exposition célèbre les femmes amazighes, véritables transmettrices de leurs traditions au fil des générations et des siècles, de leur héritage culturel et de leurs coutumes, que ce soit la langue, les tatouages, les bijoux ou l’artisanat, entre autres, la tapisserie Zindekh, qui, auparavant étant un outil du quotidien, et qui est aujourd’hui célébrée comme un art.

Le choix du lieu de l’exposition, le désert d’Agafay, s’est fait comme une évidence, relate Stéphanie Cassan. Il s’agissait de sortir des lieux d’exposition habituels et de montrer ces œuvres dans leur “habitat naturel”. Le vernissage de l’exposition s’est déroulé en présence de femmes et jeunes femmes amazighes d’Azilal, rehaussé par la présence de Touda, LA lady berbère, l’égérie du concept (dont la photo est la suivante). Cette femme amazighe a l’aura captivante et au savoir-faire ancestral n’a pas hésité à partager son vécu et son expérience en la matière avec les organisateurs en premier lieu, puis avec les convives.

 

Les tapisseries "Zindekh" expriment dans un langage codé, à travers des dessins simples, les évènements majeurs du quotidien de ces femmes. C'est un véritable joyau traditionnel dont l’expertise est transmise entre femmes, dans un esprit de transmission, de convivialité et de partage. Tissé pour se protéger du froid, pour prier, ou pour orner les intérieurs, cet "objet" du quotidien s’est avéré bien plus spécial qu’on ne le pense. Chaque tapis est un vecteur d’expression : l’expression d’une émotion, d’une identité, d’un état d’âme à l’instant précis de sa réalisation, et de beaucoup de sensibilité.

Confectionnés, il y a longtemps, sur des sacs de farine et tissés avec de la laine pure recueillie par les soins des tisseuses elles-mêmes, les tapis "Zindekh" sont confectionnés aujourd’hui de manière plus développée et artisanale, mais ils n’en sont pas moins un art féminin au grand F.

 

Dans l’exposition Lady Berbère, les tapis Zindekh sont exposés aux côtés des œuvres de l’artiste Keya. On y retrouve des portraits et des lettres intrigantes, dont certains sont peints directement sur de vieux tapis chinés par l’artiste. Un caneva inhabituel et qui, pourtant, se fond à perfection avec les peintures qui viennent l’investir et s’y installer. Quant à ces lettres intrigantes, ce sont la revanche de l’artiste sur sa dyslexie. Keya a inventé un alphabet spécial à lui-même et à son fils, également né dyslexique, afin de ne plus obéir aux codes traditionnels de l’orthographe qui l’ont dépassé par moments.

Les traditions et l’art Zindekh continueront à coup sûr à inspirer les passionnés d’art comme les jeunes artistes de demain. L'artiste nous confie, sourire aux lèvres :  “Aujourd’hui, j’ai mon propre alphabet, et personne ne peut me dire que ce que j’ai écrit est faux ou exact”.

 

 

Particularité de ces œuvres : elles invitent les sens

Le visuel intrigue et l’on se pose des questions sur la matière de la toile utilisée. Les tapis et leurs couleurs interpellent. Et si d’habitude, la simple idée de toucher une œuvre d’artiste peut donner la chair de poule, ici, il est difficile de résister au contact avec les tapis exposés.

 

Avec leurs couleurs et leurs tissus auxquels le temps a fini par donner une apparence délavée, certains des tapis les plus anciens apportent une touche historique à l’exposition. Ils laissaient admirer un patrimoine déjà apprécié par les collectionneurs mais méconnu du grand public.

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