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Culture

Radouane Abbassi, le prof’ qui réconcilie ses élèves avec les maths… grâce au rap !

Qui a dit que le rap n’inculquait rien de bon et ne véhiculait que des messages violents ? C’est en tout cas le contraire que prouve Radouane Abbassi, et il n’a pas troqué son équerre pour un micro ou son casque pour sa blouse de professeur, il a juste fait le choix concilier pédagogie et rap ! 

Natif de Figuig, Radouane Abbassi a 32 ans. Il est professeur de mathématiques dans un collège de Montreuil (Seine-Saint-Denis, France). Le pari qu’il a relevé : allier le rap et l’enseignement des mathématiques. Contacté par 2M.ma, l’enseignant explique : « ce sont deux choses que j’aime depuis l’adolescence. Déjà au collège je n’écoutais que du rap et j’obtenais les meilleures notes en maths ! ». Une époque où le rappeur en lui commence déjà à éclore puisqu’il gribouille dès lors ses premières rimes.

Seul pour mieux réussir

Pour lui ces deux domaines ne sont pas aux antipodes l’un de l’autre bien au contraire ils sont liés dans sa vie : « j'ai toujours rappé sur mon vécu, mes délires, ce que j'aime et aime moins. Forcément, il fallait bien qu'un jour j'écrive quelque chose en lien avec les maths. C'est venu naturellement. », poursuit-il.

 

Il se souvient d’ailleurs de sa toute première fois, « c’était sur le morceau GTI ». « C'était un ego-trip dans lequel je m'étais imposé d'utiliser un maximum de mot appartenant au champ lexical des mathématiques, tout en conservant un flow et des rimes de qualité », argumente le franco-marocain. On pouvait alors écouter dans ce morceau des vers tels que « me clasher gros, c'est comme diviser par zéro » ou encore « les MC prennent la tangente et j'parle pas de trigonométrie ». Et l’histoire commence pour Radouane Abbassi. Seul, oui, car le jeune rappeur écris lui-même ses textes, « c’est justement ce travail d'écriture-la recherche de rimes, de jeux de mots, d'assonances, etc-qui me fait prendre le plus de plaisir à la base. »

Et peu importe où l’inspiration l’en prend pourvu qu’il soit seul afin de coucher sur papier ce qui sera le prochain morceau. Seul aussi parce que « c'est mon côté autodidacte. Je préfère apprendre à tout faire seul plutôt que demander de l'aide, et j’aime encore moins déléguer », s’amuse à répondre le trentenaire. « Du coup je suis plus à l'aise lorsque je contrôle tout ou presque et je m'entoure du strict minimum de personnes, quitte à avancer 10 fois plus lentement que si j'étais avec une grosse équipe. Mais au moins, quand j'échoue, je ne peux m'en prendre qu'à moi-même sans pouvoir me cacher derrière aucune excuse et sans entraîner personne avec moi, par contre en cas de réussite j'en suis dix fois plus fier. Pour mes clips, en général j'écris les scénarios côté que je peaufine ensuite avec Noswil et parfois Clifto Cream, deux autodidactes comme moi mais dans l'audiovisuel. »

Un concept original et de la qualité, la recette du succès

Et du côté de ses clips Radouane met un point d’honneur à rester simple et surtout authentique, « je ne suis pas intéressé par tout ce qui est bling bling ou qui s'en rapproche ». Quant à l’histoire de son blaze, il se plait à déclamer que « mon surnom c'est Issaba, qui est l'anagramme de mon nom de famille Abbassi. Le GTI est apparu quand j’ai commencé à rapper les maths. C’est un clin d'œil au manga GTO (Great Teacher Onizuka). J’apprécie énormément ce manga qui raconte l'histoire d'un jeune professeur atypique, qui ne se prend pas trop au sérieux mais qui se démène malgré tout pour ses élèves. J'ai donc remplacé le O par le I de Issaba et ça a donné Great Teacher Issaba ! »

 

Ce qui fait également le succès de sa méthode, c’est de choisir des titres qui parlent à son public, qu’il connait donc sur le bout des doigts ! « Ce que je propose est tout adressé aux collégiens, c'est pour cette raison que j'ai eu l'idée de travailler sur des sons qu'ils écoutent. Par exemple, pour la leçon sur le théorème de Pythagore en 2017, Sofiane était vraiment le rappeur le plus écouté par les jeunes à ce moment-là », confie celui qui ne se voit dans aucun autre style que le rap. Dans sa démarche le prof’ espère secrètement pouvoir réconcilier certains de ses élèves avec cette matière qui ne compte pas que des amoureux.

Fidèle à lui-même, Radouane explique qu’il ne se voit pas comme un « influenceur » et ne compte d’ailleurs pas des dizaines de milliers de followers sur les réseaux sociaux. Son secret, simplement « l'originalité du concept et la qualité du travail ». Il poursuit en mettant en avant que « si pour certains ça ne va pas plus loin qu'une petite leçon sympa de 2 minutes, d’autres sont plus critiques et parlent de nivellement par le bas à cause de la mauvaise image qu'ils ont du rap », un avis que cet enfant de Figuig ne partage pas.

Le Maroc, perspective d’avenir ?

Montreuillois depuis son arrivée en France, Radouane n’était absolument pas destiné à l’enseignement : « ce n'est qu'après avoir commencé à travailler en tant qu'assistant pédagogique en collège en 2011 que j'y ai pris goût et que je me suis ensuite décidé à passer le CAPES ». Avant d’obtenir le graal, le jeune homme a eu un bac Scientifique ainsi qu’une licence maths puis un master MEEF (enseignement). Pour celui qui n’a de modèles dans aucun de ses domaines de prédilection, l’inspiration lui vient plus particulièrement de son entourage. Aujourd’hui, il compte à son actif un album de 16 titres qui a vu le jour en 2016, et depuis 2018 il a déjà enregistré et clippé 8 leçons dont la dernière met en scène ses élèves.

A la question : Voyez-vous que cette méthode porte ses fruits avec vos élèves ? Le professeur qui sommeille en lui reprend le dessus et insiste : « Je n'axe pas ma pédagogie sur mes raps, je les utilise seulement comme un outil supplémentaire qui peut être utile à certains élèves. Je fais appel aussi à ça lors de certaines séances de réinvestissement ou de révisions. » « Les élèves sont généralement demandeurs, mais l'écriture d'une leçon en rap n'est pas si simple et me prend pas mal de temps », déplore-t-il. Une passion qu’il ne partage malheureusement pas avec ses proches. Par contre les mathématiques, c’est de famille ! Radouane Abbassi a aussi deux petits frères professeurs de maths.

Français depuis 2016, Radouane Abassi a un lien très fort avec son pays natal le Maroc : « je suis arrivé bébé en France. Mais je retourne tous les ans ou presque au Maroc en été. C’est à Figuig que je me sens le mieux. » Et pour maintenir le lien, Radouane a des idées qui fusent, notamment pouvoir calquer ce qu’il fait en France au Maroc… Affaire à suivre !

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