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Enfance

Journée mondiale de l'Autisme : au Maroc, un long chemin reste à parcourir (Interview)

Salma MoukrimSalma Moukrim
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Le 2 avril marque la célébration annuelle de la journée mondiale de l'Autisme. Dans le monde, il est estimé qu'au moins un enfant sur cinquante naît avec un trouble autiste. Au Maroc, les troubles du spectre de l’autisme touchent près de 400.000 personnes. 

La Journée mondiale de l'Autisme se veut une occasion de mieux comprendre ce trouble du développement dont les premiers symptômes apparaissent très tôt chez l'enfant, explique Ahmad Al Baghdadi, Président de l'Association Miroir pour l'enfant autiste. "On peut soupçonner les premiers signes de l'autisme chez l'enfant si celui-ci ne communique pas et n'est pas réactif à son environnement. La redondance et la répétition sont également des symptômes. On peut également remarquer la récurrence de crises épileptiques entre l'âge de 4-5 ans au plus tôt et la puberté au plus tard".

Le dépistage précoce est crucial pour l'évolution et le développement futur de l'enfant. "Dépister l'autisme tôt, idéalement avant 3 ans, assure une meilleure prise en charge et une meilleure intégration de l'enfant dans la vie sociale et scolaire", explique M. Al Baghdadi. Malheureusement, ce dernier déplore l'absence de mécanismes institutionnels de dépistage."Dans la plupart des cas, ce sont les associations qui jouent un grand rôle dans le dépistage des enfants autistes et qui assistent les parents en les dirigeant vers des spécialistes en la matière que ce soit dans le secteur public ou privé".

"Il n'y a encore aucune stratégie de dépistage précoce généralisée au Maroc prise en charge par les autorités sanitaires compétentes", affirme M. Al Baghdadi. A préciser que le dépistage de l'autisme est clinique et non médical, puisqu'il se base sur un diagnostic du comportement et non des indicateurs biologiques.

La crise sanitaire et le confinement, un moment difficile pour les enfants autistes et leurs familles

La pandémie de COVID-19 n'a pas été douce avec les enfants autistes et leurs familles. D'une part, ceux-ci se sont retrouvés sans accompagnement et sans prise en charge du jour au lendemain. D'une autre, des parents non formés qui se sont retrouvés totalement seuls à s'occuper de leur enfant, et qui, à certains moments se sont sentis complètement dépassés, racontre M. Al Baghdadi. "Nous avons dû mobiliser les réseaux sociaux pour reprendre contact avec les parents d'enfants autistes pendant le confinement. Nous avons ainsi créé des groupes sur Facebook et sur Whatsapp pour accompagner et conseiller les parents, assurer un suivi pédagogique aux enfants, en leur proposant par exemple des exercices ou des jeux à faire."

Une aide étatique dérisoire et non généralisée 

Les troubles de l'autisme, encore peu connus, sont souvent une source de confusion pour les parents qui ont du mal à s'y prendre. Mais ils constituent également une charge en plus. "Les familles d'enfants autistes doivent mobiliser entre 3000 et 5000 dhs par mois de charges pour leur enfant en besoin, ne serait-ce que pour un auxiliaire de vie sociale et scolaire (à raison de 1600 dhs/mois au minimium)" détaille M. Al Baghdadi. 

Depuis 2015, l'Etat mobilise une aide de 900 dhs par mois aux familles d'enfants autistes. Une aide bien maigre par rapport aux dépenses des familles et qui n'a pas aidé à résoudre le problème. En effet, cette aide est réservée au RAMEDistes seulement. Une mesure jugée discriminatoire par M. Al Baghdadi, qui estime qu" une famille dont le revenu mensuel est de 10.000 dhs par mois, et qui n'est pas considérée nécessiteuse par l'Etat, peut aussi éprouver des difficultés à accompagner son enfant autiste en plus d'assurer ses charges de vie".

Ces conditions d'éligibilité sont souvent qualifiées par les activistes comme "violation des droits de l'enfant autiste".

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