Zaki, l’homme qui dérange
Point de vue publié dans "L'Opinion", jeudi 13 octobre 2005.
Au Maroc, depuis la nuit des temps, nous avons toujours, d’une manière assez subtile, lié le sort de tout le football au seul résultat de l’équipe nationale. Autrement dit, si les Lions de l’Atlas n’avaient pas encaissé stupidement le second but à Radès, la réforme de notre football aurait trouvé meilleur sort ! ! Quel non-sens !
Ils veulent nous faire admettre des bêtises, et bien que nous en gobions des tonnes, cette fois-ci, ils sont démasqués, et tout le monde sait qu’ils veulent en fait sauvegarder leur place, rien de plus. Et comme toujours en pareilles circonstances, ils veulent pointer un bouc émissaire, l’entraîneur. Depuis 11 ans, les entraîneurs passent, et eux, ils restent !
Mais cette fois-ci, la mission est plus difficile, il s’agit d’envoyer paître un entraîneur, de surcroît légende nationale, et qui en 22 matches officiels, n’en a perdu qu’un seul, a gagné 14, et a fait 7 matches nuls, soit un total de 49 points (2,22 points par match), le meilleur bilan arithmétique d’un entraîneur durant toute l’histoire du football marocain.
Donc, il fallait être plus ingénieux : Créer de toutes pièces l’affaire. Naybet, puis l’affaire Ennaciri, et surtout commanditer une campagne de dénigrement sans précédent avec comme but de le déstabiliser, ils ont réussi en fait à déstabiliser les joueurs, et surtout faire douter tout le peuple marocain de son équipe et de son coach. Résultat : Au lieu des 10.000 Marocains présents à Tunis lors de la finale de la CAN, on a eu droit à une centaine, à un moment ou toute la Tunisie était derrière son équipe, aussi limitée soit-elle.
L’excellent match réalisé par les nôtre à Radès, avec surtout l’excellente disposition tactique prôné par le mal-aimé Ezaki (témoignages de toutes les chaînes satellisables à l’appui) leur est restée à travers la gorge. Ils parlent aujourd’hui de mauvais coaching !
Ah Ezaki aurait du faire rentrer 3 attaquants plutôt, comme ça avec la sortie de Safri et Benaskar, et la montée de Ouaddou aux avant postes, on aurait pu encaisser 3 ou 4 buts, et leur stratégie aurait ainsi réussi à merveille ! D’ailleurs, rien que le but raté par Trabelsi aux dernières minutes du match aurait mieux servi leur cause. Et voyant qu’en fin de compte, côté tactique, on n’était pas si mal que ça, tout le monde se met aujourd’hui à discuter le choix des joueurs.
Pourquoi celui-là à la place d’un autre ? Pourquoi pas l’autre qui aurait certainement fait basculer le match ? D’aucuns qui se permettent de dire, qu’à la place de Ezaki, eux ils auraient prôné l’attaque à outrance en seconde mi-temps pour marquer le 3ème but salutaire. Et si on avait encaissé sur contre-attaque alors qu’on mène au score. Qu’est-ce qu’ils auraient dit ?
Et les quelques « experts » qui nous louent aujourd’hui le génie qu’a eu Lemerre de sortir ses 2 Brésiliens, comme si grâce à ces changements, la Tunisie était revenu au score ! On n’a qu’à voir le pauvre Lemerre se tenir la tête après ce second but venu du ciel, pour juger de la pertinence des propos de ces « Maalmines ».
Le 2ème but tunisien est un don du ciel venu récompenser un football tunisien certes moyen techniquement, mais ô combien méritant, avec des structures qui dépassent les nôtres d’au moins 20 ans. Et il n’y a pas de honte à aller apprendre chez nos voisins : Comment gérer un Championnat professionnel ? Comment faire un bureau fédéral ouvert durant 10 jours précédant un match capital ?
Comment organiser un match de football, aussi important, sans bousculades à côté des portes, sans billets de marché noir en circulation, dans des conditions similaires à celles vécues sur les stades européens. Et pourquoi pas, comment travailler aussi dans les coulisses pour protéger les intérêts de son équipe nationale.
Ce sont les vrais enseignements à tirer de ce match, car le côté technique-tactique reste le seul côté où on était meilleurs que les Tunisiens, je prends pour témoin leur télé le dimanche soir ! Mais en fait, pourquoi ce Badou Ezaki dérange t-il autant ?
Les uns disent qu’il est carré, manque de diplomatie, comme s’il allait être nommé Ministre des affaires étrangères ! D’autres disent qu’il s’est mis toute la presse à dos, ce qui est loin d’être vrai car les analyses lues depuis le début de la campagne sont très partagés, comme dans la plupart des pays du Monde.
Et comment se mettre une petite partie de la presse sportive marocaine, connue de tous, à dos, me paraît assez facile à comprendre ! ! Non !
Ezaki dérange parce qu’il est entier, sincère, frontal, ne se laisse pas faire, ne subit pas les pressions des lobby pour faire jouer untel ou un autre et surtout n’est pas complice des « grands clubs », donc d’une grande partie influente du Bureau fédéral.
Ezaki dérange parce qu’il n’est pas maîtrisable, n’a pas le ventre plein. On appelle cela chez nous « avoir la tête dure ». On n’aime pas ce genre de profil chez nous.
Ezaki dérange, car il a su tisser autour de son équipe une toile difficile à pénétrer. Bref, Ezaki dérange pour une multitude de raisons, autres que professionnelles et qui n’ont rien à voir avec la compétence requise pour cet exercice.
Le plus amusant, c’est que ses détracteurs, et pour éviter de parler de son bilan actuel, si méritoire, sortent l’absence de titres dans son palmarès. Comme si Ezaki avait l’opportunité d’entraîner avant des équipes titrables et ne l’a pas fait ! Un entraîneur est jugé par rapport à ce qu’il peut sortir du groupe qu’il a à sa disposition. Amenez Rijkaard à Celta Vigo, et faites vos comptes !
Et quand il a eu sa disposition des joueurs marocains de talent, Ezaki en a fait une grande équipe nationale, fierté aujourd’hui encore de tout un peuple, malgré les deux mois d’incertitudes causées par le dénigrement organisé. Une équipe nationale loin du niveau actuel des équipes marocaines, n’en déplaise à nos dirigeants, qui feraient mieux de s’occuper de leurs équipes en vue d’un vrai décollage du football local.
Car même une qualification à Tunis n’aurait pas changé la donne pour ce football malade.
Dans l’échiquier actuel du football marocain, oserait-on aujourd’hui sacrifier le seul maillon fort de la chaîne, pour des considérations purement personnelles, des règlements de compte aveugles, des incompatibilités d’humeur loin de toute considération professionnelle, alors que nous sommes à trois mois de la CAN ?
Je crois fort que le président Benslimane ne sera pas berné par quelques obscurantismes, dont la seule raison d’être aujourd’hui est une vengeance personnelle, et ils l’ont prouvé en riant à pleines dents dans les couloirs du Stade de Radès samedi soir.
Ou sera-t-il convaincu par quelques considérations régionalistes prônées par quelques uns pour justifier l’élimination en pointant du doigt « Attakam Assalaoui », comme si Salé n’était pas une ville Marocaine ! Des considérations révolues, et qui nous avaient causé beaucoup de tort par le passé.
Sortez-nous des arguments solides, scientifiques, et qui cadrent avec les aléas actuels du football moderne. Le peuple marocain mérite bien cela. Cessez de le matraquer avec du n’importe quoi.
Oussama Benabdallah
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