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Politique

Le discours royal a appelé à la mobilisation, c'est aux acteurs interpellés de faire preuve de créativité (M. Tozy)

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Le discours prononcé vendredi 11 octobre 2019 par SM le Roi Mohammed VI, à l'ouverture de la nouvelle session du Parlement, a interpellé la classe politique, les institutions et le secteur privé autour des rôles qu'ils doivent assumer dans l'étape nouvelle, et dont les contours ont été esquissés lors du dernier discours du Trône. 

"Si Notre souci a été de définir les défis essentiels ainsi que les enjeux économiques et développementaux majeurs de cette étape, la responsabilité de la classe politique, plus particulièrement celle du gouvernement, du parlement, des partis politiques, est de réunir les conditions favorables à son aboutissement", a dit Sa Majesté le Roi, précisant qu'"en matière de responsabilité, aucune dérobade n’est possible dans le cadre d’une stricte application du principe de reddition des comptes".

Les orientations royales désormais délivrées, il faudra maintenant aux acteurs politiques de faire preuve de créativité pour mener à bien ce projet de société à longue portée, a souligné l'universitaire Mohamed Tozy. "L'appel à la mobilisation a été fait, et les outils institutionnels sont en place, comme la définition des responsabilités, les rôles du gouvernement, et autres. Maintenant, c'est aux acteurs interpellés de faire preuve de créativité", ajoute le sociologue dans une déclaration à 2M.ma.

Pour être créatif, "il faudra être capable de positiver; de travailler avec les contraintes actuelles et non contre elles", renchérit le politologue  qui a contribué à l'élaboration de la Constitution de 2011. 

Une responsabilité, selon lui, "qui incombe désormais aux acteurs politiques, qui doivent penser communément autour de chantier qui ne porte pas uniquement sur la croissance, mais sur la mobilisation des marocains pour un rêve commun, un projet de société partagé", poursuit M. Tozy.

Le sociologue explique par la suite que les acteurs politiques doivent réfléchir communément autour de ce chantier pour qu'il prenne en charge les transformations profondes qu'a connu la société marocaine. "On n'est plus dans la société des années 60 ou 70, la société actuelle est le fruit de grandes mutations morphologiques. Elle est majoritairement urbaine, fortement scolarisée, très connectée à l'étranger, globalisée par rapport à ses standards de consommation... Toutes ces mutations nécessitent d'être prises en compte pour redéfinir un projet de société partagé, et qui n'est pas celui d'une veille communauté construite sur le modèle des valeurs rurales ou de valeurs communautaires traditionnelles", a-t-il dit.

De même, la révision des réglementations en vigueur se profile comme une nécessité pour le sociologue. "Les réglementations définissent l'engagement et la responsabilité de chacun envers ce projet de société. Quitte à ne pas faire l'unanimité, il faut que les politiciens aident la société à comprendre ce qui lui arrive", poursuit M. Tozy.

Pour ce faire, un bon encadrement des citoyens est de la plus haute nécessité, car l'évolution sociale ne signifie pas qu'il faut se délester des valeurs communes. "Les gens changent mais ne savent comment ou pourquoi ils ont changé, et ce que signifie ce changement. Ils pensent qu'il implique l'aliénation et la trahison des valeurs anciennes. Or il faut accompagner ce changement, lui donner du sens, une signification. Cela ne veut pas dire qu'on change de valeurs, les valeurs sont là. Le rapport au travail, à l'autre, le pluralisme, la tolérance, sont là, mais il faut les insérer dans une plateforme qui définit un projet de société partagé, où tout le monde respecte tout le monde, où les valeurs et les libertés individuelles sont respectées, où les fondements historiques sont respectés mais réintérprétés, revisités et revus à la lumière de nos engagements actuels vis à vis du Monde, car nous ne sommes pas isolés", explique M. Tozy.

Par rapport à la donne économique, grand vecteur de l'étape qui se profile, elle fait partie intégrante, sinon le socle de ce projet de société, considère le sociologue. En effet, le Souverain a consacré une bonne partie de Ses orientations au nouveau modèle économique et aux conditions qu'il devra remplir. Dans ce sens, le dernier discours royal exhorte le secteur privé, notamment les banques et instituions financières, à un engagement plus ferme dans cette nouvelle dynamique de développement, et à faciliter le financement des jeunes porteurs de projets et des PME.

"Il ne faut pas oublier que l'économie s'appelle d'abord, académiquement, l'économie politique. Elle n'est donc jamais isolée d'un projet de société. Emploi, mobilisation des jeunes, aménagement du territoire et autres gagnent leur sens en étant intégrés dans un projet de société. Maintenant que le ton est donné, c'est le rôle de l'élite politique, des intellectuels et des médias désormais que de clarifier les contours de ce projet", explique M. Tozy. 

De même, le secteur privé ne doit pas se cantonner dans une simple logique de gain. "Chercher le gain est important, mais pas  n'importe quel prix. Il ne faut cependant pas oublier qu'il a plusieurs types d'entreprises, allant de celles paternalistes, familiales, à d'autres qui pensent global, et qui sont intégrées dans une configuration mondiale de valeurs qui incluent la responsabilité sociale et environnementale", poursuit le sociologue.

Par rapport au système bancaire, Tozy estime également que le discours royal exige des banques de faire preuve de citoyenneté. "Les Banques doivent ainsi faire des arbitrages pondérés entre les objectifs de gain, qui sont légitimes, et ceux de préserver l'environnement social et naturel dans lequel elles opèrent", indique-t-il. 

M. Tozy alerte cependant autour du fait que cette responsabilité n'incombe pas seulement aux entreprises, mais dépend également des mécanismes de l'environnement socio-économique. "L'activité industrielle ne doit pas devenir une aventure risquée. Quand il est plus simple de profiter de la rente foncière ou de se restreindre au commerce de produits importés d'ailleurs, il faut qu'une prise de conscience se déclenche pour créer de la vraie richesse qui ait un effet entraînant", estime-t-il. 

Pour le sociologue, tous les éléments précités interagissent de manière imbriquée pour aboutir à la finalité souhaitée. "L'économie est le levier le plus important. Pour s'intégrer socialement, les gens ont besoin de travailler et de gagner de l'argent. Il n'y a pas d'inclusion sans travail, pas de travail sans éducation, et c'est pour cela qu'il devra y avoir un consensus autour des valeurs qu'on doit éduquer", spécifie-t-il en conclusion.
 

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