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Economie

Le "patriotisme objectif" à la rescousse de la croissance économique (Décryptage)

Depuis le début des années 2000 et jusqu’à aujourd’hui, la croissance économique a été au rendez-vous. Mais au-delà de ses « taux positifs » successifs, elle reste fortement dépendante de quelques facteurs, à leur tête la pluviométrie (l’agriculture constituant près de 40% du PIB), ou encore l'investissement à outrance dans le secteur public (en atteste le diagnostic du secteur privé marocain publié récemment par la Banque Mondiale). En somme, La croissance économique est en proie à de nombreuses limitation qui freinent son essor et sa pérennité. Décryptage ..

Un constat partagé par tous, à commencer par la plus haute autorité de l’Etat. Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dans Son discours prononcé à l'occasion du 66ème anniversaire de la Révolution du Roi et du Peuple (20 août 2019), a clairement indiqué qu’«indépendamment du débat sur les chiffres et les taux de croissance, il importe de surmonter les obstacles à la réalisation d’une croissance économique élevée et durable, partant, génératrice de prospérité sociale ». En effet, cette croissance s’essouffle, tirée vers le bas par les défaillances du modèle économique marocain actuel, et de développement par extension.

Analystes et experts s’accordent qu’il est temps de repenser les mécanismes du modèle économique, au lieu de s'atteler à trouver des relais de croissance au sein du même modèle, de se pencher sur les problèmes de ce dernier, qui ne sont autres que structurels. « Que ce constat, ainsi que la volonté d’y remédier, émanent de la plus haute autorité de l’Etat, est le témoignage que l’heure est grave, que l’heure est au travail », commente l’économiste Mehdi Fakir.

Ainsi s’impose le diagnostic scrupuleux d’un malaise dont la cure ne sera autre que la greffe d’un nouveau modèle de développement.

Un modèle économique basé sur la demande

Depuis quelques années, les différents rapports autour de l’économie nationale, réalisés par des organismes nationaux ou étrangers, tirent la sonnette d’alarme : le Maroc dispose d’atouts énormes mais mal exploités, car ne se reflétant pas sur la qualité de la croissance économique. « Nous créons beaucoup de richesse, mais d’une valeur ajoutée qui n’est pas suffisante », nous confie M. Fakir.

La première des causes est la défaillance de nature structurelle qui réside au niveau du modèle de développement actuel. « Nous sommes en face d’un modèle qui a mis en évidence ses limites. Nous l’abordons très mal autant que pilier économique, sociétal et de gouvernance. Il en découle une conception non fiable de la croissance », explique l’expert.

En deuxième lieu, la répartition de la richesse créée est non équilibrée, tant sur le plan social que spatial. Selon les derniers comptes régionaux en date publiés par le Haut-Commissariat au Plan, trois régions concentrent 58,2% de la richesse nationale : Casablanca – Settat, Rabat – Salé – Kénitra et Tanger – Tétouan – Al Hoceima.

Autre faille du modèle économique actuel qui pèse sur la croissance : il est basé sur la demande, et non l’offre. « Cette demande risquerait de s’essouffler, ne serait-ce que par les challenges à moyen long terme, tel que le défi démographique », fait remarquer M. Fakir. D’autant plus que le phénomène cyclique de la croissance, qui dépasse toute modélisation, stipule que toute économie prospère, mais pas pour longtemps. « Elle prospérera avec un modèle de développement donné, mais du moment que ce modèle n’a pas subi de changement, il finira par être dépassé », poursuit-il. 

Troisième frein à l’essor économique, et non des moindres, celui d’ordre « culturel ». « Malheureusement, nous ne sommes pas une société où les valeurs de civisme et de productivité règnent, ni une société de savoir mais plutôt de consommation. Par exemple, nous consommons massivement technologies et connectivité, mais à des fin domestiques et non à celles du développement », déplore l’expert.

Patriotisme objectif vs Patriotisme affectif

Selon m. Fakir, le facteur culturel, partie du problème, compose, le socle de la solution. « Il a été dit un jour que le Maroc n’évoluera qu’à travers un patriotisme objectif. Malheureusement, celui qui exhibe son patriotisme est traité de naïf de nos jours», dépeint-t-il le portrait d’une société en proie à une appréciation erronée de certaines valeurs. « Il ne suffit pas de déclarer son amour au Maroc par les mots, mais par la participation à son progrès. Nous vantons les mérites de sociétés régies par les valeurs du travail et du sérieux, comme celles japonaise où allemande, alors que l’on peut aboutir au même résultat si l’on adopte les mêmes valeurs, en les inculquant aux générations futures», poursuit-il.

Mais l’économiste constate « l’absence de ce patriotisme objectif chez une catégorie de personnes qui préfère +bloquer+ son argent dans des banques, ou de l’investir ailleurs plutôt qu’au Maroc. Pour investir, ils exigent toujours l’aide de l’Etat. Des bénéfices sont réalisés, mais cette fibre de patriotisme objectif, qui poussera son détenteur à une répartition équitable de la richesse créée, est absente. Sa Majesté avait dit clairement dans un de ses discours : où est la richesse ? Incitant à une répartition équitable des ressources générées ».

Il apparaît ainsi que le prochain modèle économique sera dépendant de valeurs sociétales, valeurs dont devra être imprégné l’élément humain, pour être apte à bien mener ce chantier générationnel.

Dans ce sens, le discours Royal du 20 août 2019 a mis en exergue l’importance de remédier aux défaillances de l’administration. Malgré tous les efforts consentis et les textes de lois adoptés pour rehausser le niveau de l’investissement territorial productif et promouvoir la justice spatiale, « de nombreux dossiers sont toujours traités au niveau des administrations centrales à Rabat, au point que les projets programmés s’en trouvent ralentis ou retardés et, parfois même, abandonnés », a dit le Souverain, en appelant le gouvernement à donner la priorité à cette question, « en corrigeant les dysfonctionnements de l’Administration et en mobilisant les compétences qualifiées, aux niveaux régional et local ».  

« Fini le temps où un fonctionnaire préfèrera se barricader à Rabat plutôt que de travailler sur le terrain. Il nous faut des compétences locales et régionales, des compétences jeunes et pleines de volonté », insiste M. Fakir.

En effet, dans son élan vers une croissance pérennee, le Maroc a besoin de toutes ses forces vives. Devant la volonté commune, les barrières à la croissance ne peuvent que chuter tel un château de cartes. 

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