Plus de résultats
En ce moment
Abus sexuels : comment en parler aux enfants ? Les réponses d'une pédopsychiatre
Relation parents/enfants

Abus sexuels : comment en parler aux enfants ? Les réponses d'une pédopsychiatre

DR
2M.ma2M.ma
Modifié le

Le crime sordide qui a coûté la vie à Adnane Bouchouf, 11 ans, enlevé, séquestré, violé et enterré non loin de son domicile à Tanger suscite le débat au sujet des risques qu'encourent nos enfants, mais interpelle également les parents sur l'importance de la communication et le dialogue au sein de la famille, pour anticiper toute agression ou détecter les symptômes en cas d'abus sexuel. Imane Boulaajine, Docteur Pédopsychiatre à Casablanca nous dit tout dans cet entretien.

2m.ma: Comment parler à son enfant ? Comment aborder le sujet et quels mots utiliser ?

Avant tout on commence par la communication non verbale : apprendre à l’enfant ce qu’est l’intimité et cela commence à un âge très jeune, par exemple en fermant la porte des toilettes à la maison, on ne déshabille pas un enfant à la plage même s'il est encore petit...

Par ailleurs, même s'ils nous mettent mal à l'aise, il faut aborder ces sujets avec nos enfants, en utilisant des mots qu'ils comprennent, adaptés à leur âge.

Les parents doivent également apprendre à l'enfant quels sont les gestes autorisés et les gestes déplacés, lui apprendre à respecter son corps, lui faire comprendre qu'il a toujours le droit de dire non lorsqu'il ne se sent pas à l'aise de faire quelque chose, même si la personne en face de lui est en position d'autorité, lui dire qu'il doit chercher l'aide de quelqu'un en qui il a confiance s'il ne se sent pas en sécurité avec quelqu'un, même s'il connaît très bien cette personne.

Si on est devant une suspicion d’agression : conforter l’enfant dans son statut de victime non coupable. Il est important de mettre en place une prise en charge précoce en pédopsychiatrie, car les abus sont un grand facteur de risque de trouble psychiatrique dans l’immédiat, mais aussi à l’âge adulte. Une procédure judiciaire est indispensable aussi.

2m.ma: Comment saisir un signe d'alerte et quels sont les symptômes en cas d'abus ?

Tout d'abord les comportements sexualisés inappropriés : l'enfant aborde des sujets sexuels inhabituels à son âge. Il mime des jeux sexuels, avec ses toutous, poupées ou autres enfants. Il se masturbe ou mime des comportements sexuels, ou même s'il semble s'intéresser de trop près à la sexualité : questions, dessins explicites, comportement de séduction.

Mais il y a également des symptômes physiques comme les cystites à répétition, l'irritation, lésion et infection inexpliquées au niveau buccal génito-urinaire ou région anale, les maladies sexuellement transmissibles et les ecchymoses sur le corps.

Certains changements de comportement aussi: refuser le contact physique, conviction que le corps est sale, phobie des toilettes, opposition à la toilette périnéale, refus de se déshabiller pour un examen clinique, retrait social quand l'enfant s'isole volontairement, il ne raconte pas ses journées, ne dit pas ce qu'il fait, il se désintéresse de ce qu'il aime habituellement faire...

Mais il y a également des signes comme l'impact sur ses résultats scolaires, les comportements agressifs, comme se mettre à agir et parler comme un bébé, à sucer son pouce, à mouiller son lit alors qu'il était propre, les troubles de sommeil et de l’alimentation...


2m.ma: l'adoption de l'éducation sexuelle a-t-elle un rôle à jouer dans ce sens ?

L'éducation sexuelle doit être entreprise très tôt, elle est très importante pour les enfants. Ce n’est pas une permission pour avoir des rapports sexuels, mais cela va leur permettre de comprendre ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Ils seront ainsi maitres de leur corps. Si le sujet est tabou, l'enfant ne saura pas comment l'aborder avec ses parents s'il est victime d'un abus. Très souvent, les jeunes souffrent en silence sans jamais oser parler.

2m.ma: en tant que pédopsychiatre, recevez-vous souvent des cas similaires ?

En pédopsychiatrie,  on est très souvent confronté à ce genre de situation, mais malheureusement on continue à recevoir des enfants et adolescents très tard pour d’autres troubles et l’on découvre à postériori que l’enfant a été abusé et qu’aucune prise en charge n’a été mise en place que ce soit judiciaire ou psychiatrique.

J’ai reçu la semaine dernière en consultation une adolescente pour un trouble dépressif, elle m’apprend qu’elle a subi des attouchements à l’âge de 9 ans et lors de l’entretien avec la mère cette dernière m’apprend aussi avoir subi le même sort que sa fille au même âge par le même oncle. 30 années séparent les deux agressions sexuelles, toutes les deux non avouées. Je vous laisse imaginer le nombre d’enfants qui doivent avoir subi le même sort pendant ces 30 années. Je pense que l’on peut tous agir chacun à son propre niveau pour libérer la parole.

Les contenus liés

Les articles à la une