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Terrorisme

Loubna, épouse d'un rescapé de l'attentat de Bruxelles crée une association de soutien aux victimes du terrorisme

Youssef RoudabyYoussef Roudaby
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Le 22 mars 2016, le Marocain Abdellah Lahlali ne savait pas qu’en se rendant à son lieu de travail, à l’aéroport de Zaventem, sa vie changerait à tout jamais. Le Marocain de 38 ans installé en Belgique a été amputé de sa jambe gauche après avoir été touché par l’une des bombes qui ont retenti à l’aéroport belge.

Près d’un an après, sa femme, Loubna Selassi, a co-fondé Life4Brussels, une association qui veut venir en aide aux victimes du terrorisme en Belgique. A 2M.ma, elle raconte l’année difficile qui a suivi les attentats de Bruxelles, l’impact psychologique que cet événement tragique a eu sur sa famille, ainsi que les ambitions de cette nouvelle association.

Votre mari est-il parvenu à se reconstruire depuis les attentats ?

Mon mari a été amputé de sa jambe gauche. C’est encore difficile pour lui. Pour l’instant, il a une prothèse. Il est en train de s’adapter. Il a eu des complications lors de cette intervention, il est donc difficile pour lui d’être appareillé. Il n’a pas encore repris le travail.

Psychologiquement, comment votre famille a vécu l’année qui a suivi l’attaque terroriste ?

Nous avons deux enfants, une fille et un garçon de 10 et 8 ans. L’année a été très difficile pour eux. Ils voient que leur père est déprimé, ce qui fait que ça affecte tout le noyau familial. Je suis le pilier de la maison aujourd’hui. Je travaille en tant que fonctionnaire à la ville de Bruxelles.

On a eu tous les deux eu un suivi psychologique. Nous habitons à Bruxelles, mais mon mari a été blessé à Zaventem, il a donc été transféré à l’hôpitel d’Anvers, une région flamande. Il a eu des psychologues néerlandophones qui ne parlaient pas forcément bien le français. Ce qui fait que l’aide psychologique n’a pas été très efficace. Lorsqu’il est sorti de l’hôpital, nous avons cherché des psychologues par nous-mêmes.

Avez-vous senti une montée de l’islamophobie au lendemain des attentats ?

Mon mari était une victime directe. Et lorsqu’il est arrivé à l’hôpital, le chirurgien a pensé que c’était l’un des terroristes parce qu’il est arabe et qu’il a la peau mate. Il avait un regard particulier sur mon mari. Ce qui est très choquant.

DR
epoux-loub


 Ciblé par une bombe,  Abdellah Lahlali,  a  dû être amputé. 

Début janvier, vous avez créé Life4Brussels, une association pour les victimes du terrorisme. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous lancer dans ce projet ?

Au lendemain des attentats, beaucoup de gens sont venus nous voir à l’hôpital, nous ont envoyé du courrier. Ils nous ont aidés à nous relever. Certains nous ont offert des voyages pour que l’on puisse changer d’air. C’était une aide précieuse pour nous soutenir et nous aider à nous reconstruire. Nous sommes restés en contact et nous sommes devenus amis par la suite. Et c’est ainsi que nous avons fondé cette association pour faire profiter toutes les victimes de ce soutien.

Quel est l’objectif derrière Life4Brussels ?

Notre premier objectif est de soutenir les victimes directes du terrorisme et leurs familles. Lundi dernier, nous avons eu une réunion avec le premier ministre, les ministres de la Justice et de la Santé. Depuis le début, nous nous sommes sentis abandonnés, nous n’avons pas eu d’aides du gouvernement. C’était très difficile. Avec cette association, nous voulons nous faire entendre. L’entretien avec les représentants du gouvernement s’est bien passé, nous avons exposé les idées qui nous tenaient à cœur. Nous voulons collaborer avec eux et récupérer nos droits.

Nous aimerions aussi faire de la prévention à l’adresse des jeunes. On aimerait prévoir des ateliers animés par des personnes qualifiées qui pourraient aller dans les écoles, et fournir l’accompagnement nécessaire aux jeunes susceptibles de se radicaliser. Nous avons parmi nous un professeur spécialisé dans l’antiterrorisme qui est un major de l’armée qui va nous aider sur ce plan.

Comment vivez-vous l’approche de la première commémoration des attentats de Bruxelles ?

Le gouvernement organise des commémorations à Zaventem d’abord, puis dans d’autres endroits de la ville. Il y aura un mémorial qui sera érigé à Schuman à la mémoire des victimes. Le 21 mars, il y aura une première commémoration qui concerne toutes les victimes. La ministre de l’Environnement va planter 32 arbres dans la forêt des Soignes à la mémoire des victimes des attentats. Les prochains jours s'annoncent très difficiles. Cette commémoration sera très éprouvante pour moi, mon mari et pour toutes les personnes qui ont perdu un membre de leur famille.

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